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Déchaussement dentaire : comment l'arrêter et le soigner

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Déchaussement dentaire : comment l'arrêter et le soigner ?

Imaginez vous regarder dans le miroir et constater que vos dents semblent « plus longues » qu'avant, que votre sourire a changé sans raison apparente. Ce phénomène, appelé récession gingivale ou déchaussement dentaire, touche des millions de patients — souvent sans qu'ils en aient conscience jusqu'à un stade avancé. Le déchaussement dentaire n'est pas une fatalité liée à l'âge : c'est une pathologie parodontale traitable, parfois réversible en partie, et toujours contrôlable. Voici tout ce que vous devez savoir pour comprendre, stopper et soigner le déchaussement.


Qu'est-ce que le déchaussement dentaire ?

Le terme « déchaussement dentaire » désigne en réalité deux phénomènes distincts mais souvent confondus :

  1. La récession gingivale : la gencive se rétracte vers le bas (sur les dents du haut) ou vers le haut (sur les dents du bas), exposant une partie de la racine dentaire.
  2. La mobilité dentaire liée à la parodontite : l'os alvéolaire qui maintient la dent dans sa loge disparaît, et la dent commence à bouger ou à se déchausser au sens propre.

Dans les deux cas, la cause sous-jacente est le plus souvent une maladie parodontale — gingivite chronique évoluant vers une parodontite — accompagnée d'autres facteurs aggravants [2].


Causes du déchaussement dentaire

1. La parodontite : cause principale

Une hygiène bucco-dentaire insuffisante — absence de brossage biquotidien et de nettoyage interdentaire — est la cause primaire de l'accumulation du biofilm bactérien, facteur étiologique principal de la gingivite et de la parodontite.

La parodontite non traitée entraîne une destruction progressive de l'os alvéolaire, ce qui se traduit cliniquement par une perte d'attache et un déchaussement des dents.

2. Le brossage traumatique

Un brossage trop vigoureux avec une brosse à dents à poils durs provoque une abrasion mécanique des tissus gingivaux et peut entraîner une récession gingivale localisée, indépendante de toute infection bactérienne. On parle alors de récession de type mécanique ou traumatique.

3. Le tabac

Le tabac est un facteur de risque majeur et scientifiquement démontré des maladies parodontales : les fumeurs présentent un risque de parodontite 2,5 à 7 fois supérieur à celui des non-fumeurs (risque dose-dépendant), et le tabac masque les signes cliniques d'inflammation, rendant le diagnostic plus difficile et le traitement moins efficace.

La vasoconstriction induite par la nicotine réduit le saignement gingival — ce qui peut donner une fausse impression de bonne santé parodontale — tout en masquant une destruction osseuse active.

4. Le bruxisme et le serrage dentaire

Le bruxisme (grincement des dents, souvent nocturne) exerce des forces occlusales anormales sur le parodonte, accélérant la destruction tissulaire en présence d'inflammation. Seul, le bruxisme n'est pas considéré comme une cause primaire de parodontite, mais il constitue un facteur aggravant majeur chez les patients déjà atteints [5].

5. Les facteurs anatomiques

Certaines configurations anatomiques prédisposent à la récession gingivale :

  • Biotype gingival fin (gencive peu épaisse)
  • Position dentaire en dehors de l'arc osseux
  • Frein labial ou lingual inséré trop haut
  • Malocclusion créant des traumatismes occlusaux répétés

6. L'alcool

La consommation excessive d'alcool est associée à une altération du microbiome oral, une augmentation des pathogènes parodontaux et une réduction de la capacité immunitaire, entraînant un risque accru de perte d'attache et de perte osseuse alvéolaire.


Comment reconnaître le déchaussement dentaire ?

Les signes cliniques à surveiller sont :

Signe Description Stade approximatif
Dents qui « s'allongent » La racine devient visible Précoce à modéré
Sensibilité au froid/chaud La racine dénudée est sensible Précoce
Saignements gingivaux Lors du brossage ou du fil Précoce
Mobilité dentaire La dent bouge sous la pression Avancé
Espaces entre les dents Les « triangles noirs » apparaissent Modéré à avancé
Abcès parodontaux Gonflement douloureux ponctuel Avancé
Mauvaise haleine persistante Halitose chronique Variable

Peut-on arrêter le déchaussement dentaire ?

Oui, dans la grande majorité des cas. Le déchaussement lié à la parodontite peut être stoppé par un traitement parodontal approprié. La clé est d'intervenir avant que la destruction osseuse ne soit trop étendue.

La récession gingivale (rétraction de la gencive) ne se « régénère » pas spontanément, mais elle peut être stabilisée (arrêtée dans sa progression) et traitée chirurgicalement dans de nombreux cas.


Traitements disponibles pour soigner le déchaussement

Traitement non chirurgical : le fondement incontournable

Quel que soit le stade, tout traitement commence par une phase non chirurgicale :

  1. Rééducation à l'hygiène bucco-dentaire : apprentissage de la technique de Bass modifiée, utilisation de brossettes interdentaires adaptées, abandon des brosses à poils durs
  2. Détartrage et surfaçage radiculaire (DSR) : élimination du tartre sous-gingival et du biofilm pathogène sous anesthésie locale
  3. Contrôle des facteurs de risque : sevrage tabagique, gestion du diabète, traitement du bruxisme (gouttière occlusale)

Des études cliniques confirment qu'un DSR bien conduit réduit la profondeur des poches parodontales et stoppe la progression du déchaussement dans les stades I à III [2].

Traitement chirurgical de la récession gingivale

Lorsque la récession est établie et que la dent est sensible ou que l'esthétique est compromise, une intervention chirurgicale peut être proposée :

Greffe de tissu conjonctif (gold standard)

La greffe de tissu conjonctif enfoui est la technique la mieux documentée pour recouvrir les racines exposées. Du tissu prélevé au palais (palate) est glissé sous la gencive, à l'endroit de la récession. Cette technique permet un recouvrement radiculaire de 70 à 90 % dans les cas favorables [3].

Greffe gingivale épithélio-conjonctive

Technique plus ancienne, elle consiste à prélever une bandelette de gencive au palais et à la greffer directement sur la zone de récession. Indiquée principalement pour augmenter la hauteur de gencive kératinisée.

Lambeau déplacé latéralement ou coronairement

Dans certaines configurations anatomiques favorables, la gencive adjacente peut être déplacée pour couvrir la récession, sans prélèvement palatin.

Régénération tissulaire guidée (RTG)

Pour les récessions accompagnées de perte osseuse, une membrane résorbable peut être placée pour guider la repousse des tissus de soutien.

Traitement du bruxisme associé

Si le bruxisme est identifié comme facteur aggravant, une gouttière occlusale sur mesure est recommandée pour protéger les dents et le parodonte des traumatismes nocturnes.


Ce que vous pouvez faire au quotidien

Outre les traitements professionnels, votre comportement quotidien détermine en grande partie l'évolution du déchaussement :

  • Brossez-vous les dents deux fois par jour avec une brosse souple (tête petite à moyenne) en utilisant la technique recommandée par votre parodontologue
  • Nettoyez les espaces interdentaires chaque jour avec des brossettes de taille adaptée ou du fil dentaire
  • Évitez les brosses à poils durs et le brossage horizontal agressif
  • Consultez régulièrement : une maintenance parodontale tous les 3 à 6 mois est indispensable après traitement

La consommation régulière de boissons sucrées (≥5 fois par semaine) est associée à un risque significativement plus élevé de parodontite ; les sucres alimentaires en excès favorisent la dysbiose du biofilm sous-gingival et l'inflammation parodontale.


Pronostic et résultats attendus

Le pronostic dépend directement de la précocité du diagnostic et de la qualité de la coopération patient-praticien.

Situation Pronostic
Récession localisée, stade précoce Excellent avec chirurgie mucco-gingivale
Parodontite stade I-II, traitement non chirurgical Bon — stabilisation dans > 85 % des cas
Parodontite stade III, chirurgie + maintenance Bon à moyen — dépend du patient
Parodontite stade IV, destruction osseuse sévère Réservé — conservation de certaines dents possible

La maintenance parodontale régulière est le facteur pronostique le plus important sur le long terme [2].


FAQ — Questions fréquentes sur le déchaussement

Les dents déchaussées peuvent-elles se ressouder ?

Non : la perte d'attache et la destruction osseuse sont irréversibles. En revanche, le traitement peut stabiliser la situation et des techniques chirurgicales régénératrices peuvent, dans certains cas sélectionnés, recréer partiellement le tissu de soutien. L'objectif réaliste est l'arrêt de la progression, pas la réversibilité complète.

Le déchaussement dentaire est-il douloureux ?

Pas nécessairement. La parodontite est souvent indolore jusqu'à un stade avancé. La sensibilité dentaire (réaction au froid, chaud, acide) est un signe précoce de déchaussement, mais beaucoup de patients ne ressentent aucune douleur significative pendant des années. C'est pourquoi les visites préventives régulières chez le parodontologue sont essentielles.

Comment savoir si mon déchaussement empire ?

Les signes d'aggravation incluent : augmentation de la mobilité dentaire, dents qui paraissent de plus en plus longues, nouveaux « triangles noirs » entre les dents, ou saignements plus fréquents. Un examen de sondage parodontal (comparaison des profondeurs de poches dans le temps) est le seul moyen objectif de mesurer la progression. Votre parodontologue conserve ces mesures dans votre dossier.

Mon dentiste généraliste peut-il traiter mon déchaussement ?

Pour les formes légères (détartrage, rééducation hygienique), oui. Pour les stades modérés à sévères ou pour les actes chirurgicaux (greffe de gencive, chirurgie parodontale), un parodontologue — spécialiste des maladies du parodonte — est recommandé, voire indispensable.


Sources et références

[1] World Health Organization. Global oral health status report. Geneva: WHO; 2022. https://www.who.int/publications/i/item/9789240049338

[2] Sanz M, Herrera D, Kebschull M, et al. Treatment of stage I–III periodontitis — The EFP S3 level clinical practice guideline. J Clin Periodontol. 2020;47(Suppl 22):4–60. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32383274/

[3] Cairo F, Pagliaro U, Nieri M. Treatment of gingival recession with coronally advanced flap procedures: a systematic review. J Clin Periodontol. 2008;35(8 Suppl):136–162. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18724844/

[4] Société Belge de Parodontologie. Recommandations cliniques belges en parodontologie. https://www.parodontologie.be

[5] Bernhardt O, Upon request E, et al. Bruxism as a risk factor for periodontitis. J Clin Periodontol. 2004;31(4):277-282. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15190623/